<< Ainsi, d'après les principes que nous nous sommes faits, nous pouvons donc également nous repentir ou d'avoir fait trop de mal, ou de n'en avoir pas fait assez. Mais prenons le mot dans l'acception la plus simple et la plus commune : alors le remords, c'est-à-dire l'organe de cette voix intérieure que nous venons d'appeler conscience, est une faiblesse parfaitement inutile, et dont nous devons étouffer l'empire avec toute la vigueur dont nous sommes capables ; car le remords, encore une fois, n'est que l'ouvrage du préjugé produit par la crainte de ce qui peut nous arriver après avoir fait une chose défendue, de quelque nature qu'elle puisse être, sans examiner si elle est mal ou bien. Ôtez le châtiment, changez l'opinion, anéantissez la loi, déclimatisez le sujet, le crime restera toujours, et l'individu n'aura pourtant plus de remords. Le remords n'est donc plus qu'une réminiscence fâcheuse, résultative des lois et des coutumes adoptées, mais nullement dépendante de l'espèce du délit. Eh ! si cela n'était pas ainsi, parviendrait-on à l'étouffer ? Et n'est-il pas pourtant bien certain qu'on y réussit, même dans les choses de la plus grande conséquence, en raison des progrès de son esprit et de la manière dont on travaille à l'extinction de ses préjugés ; en sorte qu'à mesure que ces préjugés s'effacent par l'âge, ou que l'habitude des actions qui nous effrayaient parvient à endurcir la conscience, le remords, qui n'était que l'effet de la faiblesse de cette conscience, s'anéantit bientôt tout à fait, et qu'on arrive ainsi, tant qu'on veut, aux excès les plus effrayants ? Mais, m'objectera-t-on peut-être, l'espèce de délit doit donner plus ou moins de violence au remords. Sans doute, parce que le préjugé d'un grand crime est plus fort que celui d'un petit... la punition de la loi plus sévère ; mais sachez détruire également tous les préjugés, sachez mettre tous les crimes au même rang, et, vous convainquant bientôt de leur égalité, vous saurez modeler sur eux le remords, et, comme vous aurez appris à braver le remords du plus faible, vous apprendrez bientôt à vaincre le repentir du plus fort et à les commettre tous avec un égal sang-froid... Ce qui fait, ma chère Juliette, que l'on éprouve du remords après une mauvaise action, c'est que l'on est persuadé du système de la liberté, et l'on se dit : Que je suis malheureux de n'avoir pas agi différemment ! Mais si l'on voulait bien se persuader que ce système de la liberté est une chimère, et que nous sommes poussés à tout ce que nous faisons par une force plus puissante que nous, si l'on voulait être convaincu que tout est utile dans le monde, et que le crime dont on se repent est devenu aussi nécessaire à la nature que la guerre, la peste ou la famine dont elle désole périodiquement les empires, infiniment plus tranquilles sur toutes les actions de notre vie, nous ne concevrions même pas le remords ; et ma chère Juliette ne me dirait pas que j'ai tort de mettre sur le compte de la nature ce qui ne doit être que sur celui de ma dépravation. >>
Sade.
Ma chère Z, soit tu es trop occupée à penser en anglais soit tu es inculte. Ce passage est une citation de Sade ! ( l'auteur classique qui a donné son nom au sadisme, pas "sad" le mot anglais ! )